Videotron sympa 26/04/2012
Posted by closeille in au quotidien.Tags: videotron
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Bon, j’ai tellement dit de niaiseries sur Videotron et son mauvais service, renommant même occasionnellement la célèbre entreprise Videoétron, non je sais, ce n’était pas beau, mais c’était senti, que je fais acte de contrition…
Je viens comme beaucoup parmi vous de recevoir une pub me disant que youpi!!!, si vous déménagez, pas de frais de déménagement à payer. Zut alors, trois semaines après mon propre déménagement qui m’a coûté 60$ de frais si je comprends bien ma facture, mais rien n’est moins certain que cela…
Bref, je me suis dit une fille s’essaye (dans mon cas, je peux l’écrire C. Seille…) et je tente le coup. Gagné! Je serai créditée du montant sur ma prochaine facture.
Je suis comme ça, j’ouvre ma grande g… quand je ne suis pas contente, mais dans le cas contraire aussi! Si vous saviez le nombre de camemberts que j’ai laissés tomber!
Metropolis bleu: après les mots, les images… 23/04/2012
Posted by closeille in Metropolis bleu.Tags: Ananda Devi, écriture, français, Metropolis bleu, plume
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Celles qui restent, qui nourrissent le cœur, la tête et les bibliothèques. Des images comme celles des pages de couverture de livres qui me font de l’œil chaque fois que je passe à côté de ma table de salon.
Aujourd’hui, jour de tempête au lendemain du Jour de la Terre, on dirait qu’elle est fâchée, la terre. Moi je ne suis pas fâchée qu’il fasse un temps de chien. Ça m’autorise sans remord à me terrer chez moi avec mes livres, mon ordi, ma musique et mes souvenirs du festival. Ça me fait drôle de parler de souvenirs. Et pourtant… Il y aura demain 7 jours que des femmes d’affaires défilaient chaussées de Malraux pour la bonne cause, celle de la Fondation Metropolis bleu. Les premiers mots qui me viennent à l’esprit quand on me parle de Malraux, c’est La condition humaine. Quand je regarde les chaussures qui portent ce nom, cela m’évoque plutôt la condition inhumaine… Se percher sur dix centimètres d’artifices, faut le vouloir! Mais je vais conserver longtemps en tête la bonhomie de ces bonnes femmes qui se sont improvisées mannequins et lectrices d’un soir. Ok, je vais la faire : que de talons et que de talents! Bon, on peut passer à autre chose.
Des êtres humains que j’ai pu croiser durant la semaine, ce sont des femmes qui m’ont le plus marquées.
Annie Heminway, l’énergie incarnée pour promouvoir, défendre et partager avec passion et patience la langue française au cœur même de New York.
Ellen, Ruth, Akiko et tout le groupe d’étatsuniens qui m’ont donné une grande leçon de français, de curiosité et d’intelligence.
William St-Hilaire, pour la première fois à la tête de cette immense organisation qu’est Metropolis bleu et que je n’ai jamais vu s’énerver, s’impatienter, se plaindre. Je vais la revoir longtemps, droite comme un I, dispensant sourires, attentions et mots gentils à droite et à gauche.
Et surtout Ananda Devi, pour l’ouverture d’esprit, la discrétion, mais surtout, l’écriture. J’ai commencé Le sari vert. J’ai tant à dire que j’en reste sans voix et sans mots. J’ai envie de surligner chaque phrase, chaque paragraphe. Je me méfie de la violence, froide, gratuite et plaquée par des auteurs primés dont je ne comprends ni la motivation, ni l’admiration qu’ils suscitent. Oui, je fais référence notamment au livre Les bienveillantes, prix Goncourt, que j’ai tenté de lire à trois reprises et qui n’a provoqué en moi qu’incompréhension, haut-le-cœur et dégoût extrême. Chez Devi, le narrateur est le père, mourant, qui continue de vomir autant de haine sur sa fille et sa petite fille que de fiel occasionné par son cancer. Toute cette douleur dans cet huis clos, toute cette violence non contenue, tous ces silences, toutes ces lourdeurs, toutes ces atrocités impossibles à décrire et pourtant si bien écrites par Devi que je ne parviens pas à me détourner de ce monstre si monstrueux que sa monstruosité finit par me toucher. Comment ne pas se demander d’où vient cet état satanique qui l’anime. Je n’en dirai pas plus, achetez le livre. Ah si, quelques mots du père, justement. Dans le récit, il vient de se remémorer la première fois qu’il a blessé sa femme. Il dit : « Aujourd’hui en y pensant, j’éprouve cette intime consolation du geste. Personne n’a su expliquer cela, mais c’est la vérité : la violence est une grâce. »
Les regrets. C’est cet extrait que je viens de partager qui m’amène à ouvrir un paragraphe sur les regrets que j’ai eus au cours du festival. Celui pour commencer, de ne pas avoir assez entendu de littérature. On a beaucoup parlé, débattu, expliqué, mais pas assez partagé de mots. Trop de temps perdu en présentations, pas assez consacré aux écrits des invités.
Leonora Miano dont j’ai adoré la brillante lucidité lors de la rencontre sur la crise identitaire en Europe. J’aurais aimé la revoir, discuter, mieux la connaitre.
Eduardo Manet dont je ne sais toujours pas ce que lui et son œuvre m’inspirent. Je me languis sur Le fifre. Pourquoi ces doutes de ma part? Pourquoi ces réticences sur l’homme autant que l’auteur? Je cherche….
Leonardo Padura et Wendy Guerra que je n’ai pas osé aborder à cause de mon espagnol chancelant (une autre de mes déceptions!) J’aurais tant aimé en savoir plus sur leur vie d’artistes cubains.
Kim Thùy, Ahdaf Soueif et Joyce Carol Oates, trois femmes allumées, sympathiques et brillantes dont je ne sais rien de plus que ce que j’en savais avant le festival, faute d’avoir assister à un seul des événements auxquels elles ont participé. Quel dommage. Pas d’images d’elles, mais leurs livres, c’est déjà ça.
Ce qui m’amène en conclusion à remercier William de m’avoir entraînée dans l’aventure du blog autour du festival. J’accepterai encore ce défi si elle me le proposait, tout en sachant qu’il s’agit d’une sorte de cadeau empoisonné quand on est avide de lecture comme je le suis, toujours disposée à découvrir, partager et connaître, autant d’activités accessibles dans le cadre de ce festival, sauf quand on fait vœu d’écriture comme je l’ai fait, chaque matin jusque parfois assez tard dans l’après-midi, m’empêchant ainsi d’assister comme je l’aurais voulu à tout ce que Metropolis bleu m’offre d’enrichissant pour combler mon insatiable appétit de mots.
Cela dit, merci infiniment, William et Ananda, ne m’avoir redonné le goût de la plume…
Merci à vous de m’avoir lue. Merci de faire circuler ces pages d’écriture. Elles sont le témoignage vivant qu’il existe à Montréal un festival littéraire unique en son genre, une bulle de partage, qui s’ouvre et se referme comme un livre, sur ses histoires, ses ambiances, ses discussions, ses mots.
L’an prochain, Metropolis bleu aura 15 ans. On s’y retrouve?
Metropolis bleu: hasards et reconnaissances 22/04/2012
Posted by closeille in Metropolis bleu.Tags: Ananda Devi, autographe, Ellen, langue, Metropolis bleu, vin
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Metropolis bleu : hasards et reconnaissances
Il n’y a pas de hasard, seulement des coïncidences. Dans un festival tel que Metropolis bleu, les coïncidences bousculent les prévisions et les objectifs. Ainsi, hier, ma journée se résumait-elle ainsi : écrire jusqu’à 14h00, ce que je fis, assister à l’évènement « le roman noir se met à table » : j’y étais. Être présente à la table ronde « polar, Qc », moi, consommatrice régulière du genre : raté. Écouter Eduardo Manet, dans la série « écrivains en péril » nous parler de la transformation de Cuba depuis qu’il a quitté l’île de Castro dans les années 50 : raté. Me faufiler à la Grande Bibliothèque à la rencontre de Joyce Carol Oates dont j’avoue n’avoir jamais lu la plus petite ligne et qui a reçu le Grand Prix Metropolis bleu : encore raté.
Bon, Clo a bousillé sa journée. Oh que nenni! D’abord, mon tête-à-tête avec mon ordinateur fut un grand moment de douceur matinale, sur fond discret de gouttes de pluie et vue sur une explosion de bourgeons verts lime dynamités par le printemps. Elle est un peu lyrique ce matin, la fille, sans doute parce que c’est le Jour de la Terre. Mais revenons à la journée d’hier.
Le roman noir se met à table. Comment l’épicurienne dévoreuse de romans policiers pouvait-elle passer à côté de ce sujet animé par la non moins bonne vivante et verbomotrice Chrystine Brouillet? J’ai salivé, un peu, oui… J’ai pris des notes, des titres de livre et des noms d’auteurs qui semblent consacrer pas mal de pages à la cuisine, mais je suis un peu restée sur ma faim. Sans doute parce que j’aurais préféré entendre des extraits de ces livres dont il fut question, justement.
Un exemple. Simenon et son célèbre Maigret qui, Madame Brouillet avait bien raison de le souligner, dès qu’il arrive dans une région, prend tout de suite ses habitudes culinaires dans les restaurants du coin. Extraits de Maigret chez le ministre : « Qu’est-ce que Maurice Labat était venu faire au Filet de sole (…) Maigret en oubliait de savourer sa sole dieppoise comme elle le méritait (…) Il dut boire son verre de fine sans s’en rendre compte car, dehors, il en retrouva la saveur dans sa bouche. »
Qu’ont en commun les auteurs prolifiques Jean-Jacques Pelletier (La faim de la terre) et Ken Follet (Les piliers de la terre) ? Non, pas le titre, mais le nombre de pages. À défaut de les lire, vous pouvez toujours, faute d’haltères à la maison, utiliser leurs bouquins pour raffermir les muscles de vos bras. Mais de vous à moi, ce serait dommage de vous priver de ces milliers de pages de littératures.
Jean-Jacques Pelletier m’a mis le vin à la bouche à force d’évoquer ces Pétrus qui ne coûtaient qu’une poignée de dollars (???) quand il était étudiant et qu’il a donc goûtés à peu de frais et avec modération, comme le soulignent les français de manière insupportable chaque fois qu’il est question d’alcool.
En sortant de la rencontre, je tombe sur quelques-uns des new-yorkais avec qui j’ai eu l’immense plaisir de participer à l’atelier d’écriture dont j’ai abondamment parlé dans ce blog. Ellen et Akiko étaient là. Cette dernière n’étant pas disponible, j’ai capturé Ellen pour en savoir un peu plus sur ces « étatsuniens » francophiles. Un « un peu plus » qui a duré presque une heure de temps. Ellen est d’origine russe. Son intérêt pour la langue est né notamment de cette habitude qu’avaient ses proches de parler en français pour ne pas que les enfants comprennent. Tu parles, s’écrie-t-elle dans un grand rire qu’il est bon d’entendre dans ce grand salon ouvert qui respire le raisonnable à plein nez. Plus tard, ses parents l’inscrivent dans une école où elle avait le choix d’étudier trois langues : le latin, l’espagnol ou le français. La maman a tranché. Elle n’aimait pas l’accent des portoricains du quartier, ce ne sera pas l’espagnol. Le latin? Mais qui parle latin? Tu apprendras le français, ma fille. Hélas, Ellen tombe sur un professeur naine de corps et d’esprit. Une femme insipide et méchante dont Ellen a une peur bleue et complètement paralysante pour étudier. Les résultats se font attendre. Mais, la chance est au rendez-vous. Il y a trop d’élèves en classe de français, il faut scinder le groupe. C’est ainsi que sans avoir rien demandé à personne, Ellen se retrouve avec un autre professeur, une femme formidable qui lui fera aimer la langue de Molière, jusqu’à la rencontre suprême avec Annie Heminway, professeur, mais aussi mentor et depuis, amie d’Helen. C’est Annie qui la convaincra même de devenir traducteur de l’anglais au français, une occasion formidable pour Ellen de se sortir de la mouise dans laquelle elle se trouvait suite à son premier divorce.
Cette rencontre a eu lieu dans les années 80. Ellen est donc devenue un pilier des cours et des ateliers d’écriture qu’Annie donne à ces francophiles curieux, intelligents et dont la culture ne reflète malheureusement qu’une infime partie de la population des États-Unis. Soupir de la part de new-yorkaise de souche (et oui, cela existe, me dit-elle dans un autre grand rire) qui m’avoue cela sans joie.
Il semble qu’Annie Heminway soit la personne à connaître. Nous sommes sensées nous rencontrer cet après-midi.
Mais avec tout cela, je rate la rencontre sur les polars et il est 17h15. Je meurs de faim, je file attraper un sandwich. En redescendant, je vois qu’Ananda Devi est tranquillement assise dans le hall de l’hôtel. Je cours à la bibliothèque et achète «Le sari vert». Je remonte en coup de vent, redoutant qu’elle soit partie. Elle est bien là, crayon à la main, elle qui écrit partout et tout le temps. À force d’avoir côtoyé pas mal d’artistes et de créateurs, je dois avouer que mon côté «groupie» est très profondément enfoui en moi. Mais là, je redeviens la petite fille toute émue devant l’idole. Et je dois dire qu’en matière d’écriture, Ananda, comme Claudie Gallay avant elle, m’impressionne beaucoup. Je lui fait tous mes compliments d’usage, un peu confuse, un peu rougissante et finit par lui demander un autographe que j’ai la décence de ne pas lire tout de suite. En fait, je n’avais aucune idée de ce que je devais faire… Le lire maintenant ou plus tard? J’opte pour cette dernière solution et lui demande plutôt comment elle se sent dans le festival. Bien, dit-elle, malgré des débuts difficiles lorsqu’à peine sortie de l’avion, elle fut invitée avec Eduardo Manet et Leonora Miano à débattre sur les bouleversements identitaires en Europe. Ouf…. Ananda se sent plus à l’aise pour parler de mots que de maux. Nous évoquons notre expérience commune à l’atelier d’écriture de la veille, les idées qui ont fusé dans cette chambre, l’accent si charmant de ces new-yorkais qui s’abreuvent de français comme d’un bon Saint-Émilion et, je passerai rapidement sur le sujet, de mes mots à moi, des mots dans lesquels elle a perçu une vraie nature littéraire. Bon, bon, bon…
Avec tout cela, je me pointe avec 15 minutes de retard à la librairie Las Americas pour entendre Eduardo Manet. La porte est fermée, la salle est pleine, impossible d’entendre ce que cet ami de Raul, le frère de Fidel, avait à nous dire.
Retour à l’hôtel, en direction du bar où je décide de combler mon désir de vin depuis que j’ai entendu Jean-Jacques Pelletier en parler. Je déguste un verre de vin blanc grec (!) ma foi très bon et décide d’attendre 18h30, heure à laquelle j’ai entendu Akiko dire qu’elle serait là. En attendant, quoi de mieux pour passer le temps que de me plonger dans l’univers d’Ananda, dont j’ai vraiment failli oublier de lire l’autographe. J’ai aussi complètement écarté de mon esprit l’évènement Joyce Carol Oates à la Grande Bibliothèque. Quel acte manqué!
Oui, je suis certainement passée à côté de moments édifiants, mais le hasard m’a fait rencontrer la vie, le rire et l’amour de la langue d’Ellen, le talent, le sourire timide et la gentillesse d’Ananda Devi et la presque certitude, si j’en crois l’autographe de celle-ci, que je pourrais moi aussi faire partie un jour de la grande famille de ceux qui en font vibrer d’autres avec leur mots. Je suis à deux doigts, à deux virgules, à un petit doute de me jeter à l’eau.
Akiko n’est pas venue. Il est 20h00. Je suis rentrée chez moi. Il y deux livres de plus sur la pile du salon, dont un dédicacé. Je suis heureuse.
Metropolis bleu. Atelier d’écriture, chapitre 1 21/04/2012
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Jeux de maux…
Quelle journée, mais quelle journée! Je veux parler de celle que j’ai vécue hier et sans laquelle il m’aurait manqué quelque chose au Metropolis bleu. Je veux parler de cette furieuse envie que j’avais moi aussi de prendre la plume et de permettre à mon imaginaire de se dégourdir les neurones. Je veux parler de l’atelier d’écriture auquel j’ai participé. Je veux parler de ces opportunités exceptionnelles de nous rendre un peu plus intelligents que nous offrent le festival, tant sur le plan littéraire qu’humain.
Résumé.
Chapitre 1. Préambule.
Certes, le matin, depuis mardi dernier, je consacre plusieurs heures à l’écriture, c’est du reste ce que je fais en ce moment, après n’avoir lu que les trois premiers cahiers de La Presse. Voyez comme je prends mon rôle de «blogueuse» très au sérieux, dans la solitude de mon bureau ou de mon salon, selon la lumière, comme on imagine un écrivain penché sur son ordinateur, entre thé, café et chat assoupi, j’écris. Sauf que je ne bois ni thé, ni café et que je n’ai pas de chat. Et je ne suis pas écrivain. « Entrer en littérature, c’est comme entrer en religion » disait très justement Andrée A. Michaud au cours d’une autre rencontre. Je ne me sens pas prête encore à me cloîtrer derrière des murs de mots. C’est ce qui fait que je voue tant de respect aux auteurs, aux vrais, aux disciplinés, aux forçats de l’image, de la syntaxe et de la structure. Ils m’épatent, me renversent, me bouleversent, me bousculent ou… m’horripilent. Plus je leur jalouse leur talent et leur propension à pouvoir se retirer du monde pour mieux nous jeter à la face le fruit de leur isolement et plus je fais de la lessive, du ménage, des courses… n’importe quoi pour ne pas écrire. Voilà, c’est ce qui fait qu’il y a eux et moi. Eux et nous. Les écrivains et les « écrivaillons » du dimanche. Et Metropolis bleu pour provoquer l’improbable rencontre entre les deux, sortir les écrivains de leur île déserte et permette aux lecteurs d’incarner les femmes et les hommes derrière ces tonnes de mots qui nous touchent, nous éveillent… ou nous endorment!
Hier, après avoir raté les ateliers de Léonora Miano et d’Eduardo Manet, il était hors de question de manquer celui d’Ananda Devi. À 14h00 précise, j’arrivais le cœur battant à l’hôtel. Il ne me restait plus que 15 minutes. Un tout petit quart d’heure au cours duquel j’ai eu l’occasion de prendre l’ascenseur avec Eduardo Manet, un petit saut de trois étages en compagnie de ce diable de petit homme nonagénaire à qui j’ai eu l’audace de demander s’il était vraiment le petit fils d’Édouard Manet, comme il nous le raconte merveilleusement ou effrontément dans le livre « Le fifre », du même titre que la toile de son illustre pseudo grand-père qui dort le jour et se réveille le soir sur ma table de nuit. « Je n’ai jamais menti. C’est la plus stricte vérité ! » me lance-t-il juste avant que les portes se referment. J’ai failli lui faire un clin d’œil.
Mais non, je blague, enfin, je blogue…
(À suivre)
Metropolis bleu. Atelier d’écriture, chapitre 2 21/04/2012
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Jeux de maux.
Des crayons et des hommes.
L’atelier doit commencer à 14h15, dans une suite du 5e étage. Cavalcade. Trouver la salle. Demander à Florence, la charmante.
- « C’est complet depuis trois semaines ! »
Non, impossible. Ah, William, chère William, ancienne collègue de Radio-Canada, nouvellement à la tête de Metropolis bleu.
- « William, chère William, dis-moi que je peux aller à l’atelier d’écriture.
- Mais oui, tu dois trouver Annie Heminway, c’est elle qui les organise. En même temps, tu pourrais faire une entrevue pour le blog! »
Trouver Annie Heminway. M’engouffrer dans l’ascenseur. Et si cette brunette allumée à lunette était Annie Heminway?
- « Pardon, êtes-vous Annie Heminway ?
- Oui, mais je n’ai pas le temps de vous parler, j’anime l’atelier d’écriture.
- Je sais. William m’a recommandé chaudement de vous accoster pour vous demander de me faire une place dans le groupe et m’accorder une entrevue. J’écris des articles pour le festival. »
Cette femme est un courant d’air. Dans les couloirs du 5e étage, je la pourchasse, elle me lance :
- « Pour faire l’atelier, faut écrire.
- Mais je veux écrire!
- Vous auriez du venir ce matin, avec Manet, c’était exceptionnel.
- Ce matin, j’écrivais…
- Mais oui, je vous taquine. Bon, on va se serrer. Non, ne vous asseyez pas là, c’est la place d’Ananda Devi. Non, pas ici, c’est la mienne. Tenez prenez une chaise là-bas. »
Elle me désigne une de ces horreurs qui vous ruinent les lombaires en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Je sais que l’atelier va durer trois heures… Je me réfugie dans le moelleux d’une banquette, je ne sais plus où me mettre, les participants entrent les uns derrière les autres, parlent tous anglais, ont tous une place attitrée, sont tous munis de papier, crayon, Ipad ou ordinateurs, se connaissent, s’esclaffent, se demandent élégamment de regards discrets qui je suis… soudain je me sens seule. Excitée, certes, mais avec la nette impression de ne pas être à ma place, voire d’usurper la place d’autrui. Pourquoi ce groupe homogène? D’où viennent-ils? Et soudain, un ange vient m’éclairer. Hélène. Rédactrice, traductrice, interprète. En deux mots, elle m’explique que le groupe vient des États-Unis, que chaque année depuis 10 ans, sous la houlette de Madame Heminway, ils font le déplacement jusqu’à Montréal pour suivre jour après jour le festival Metropolis bleu. Une armée d’américains francophiles, fou de la langue de Molière qu’ils manient si bien qu’ils me laissent hébétés, les yeux plus ronds que mon stylo à bille. Bien sûr que ce n’est pas la première fois que je rencontre des gens capables de s’exprimer dans une langue qui n’est pas la leur, mais avec ce groupe, on est bien au-delà de cela. On est dans la réflexion, l’intelligence, le français porté à son meilleur par des individus de grande classe, capables avec humour et dérision de faire part de leurs réflexions écrites dans un français qui pourrait faire pâlir d’envie quelques auteurs qui n’ont d’auteurs que de noms.
Ananda Devi ne fait pas partie de ces derniers. Je n’ai lu d’elle que des bribes de deux de ses livres «Le sari usé» et «Les hommes qui me parlent». Du grand art. De l’écriture jouissive qui fait qu’on range son crayon pour ressortir ses aiguilles à tricoter. Je ne l’ai pas choisie par hasard. C’est elle qui va puiser dans ces deux livres (justement!) les consignes d’écriture de cet atelier.
Mais peut-être ne savez-vous pas comment se déroule un atelier d’écriture? Je vais faire une petite pause énergétique et vous raconte cela dans le chapitre 3.
(À suivre)
Metropolis bleu. Atelier d’écriture, chapitre 3 21/04/2012
Posted by closeille in Metropolis bleu.Tags: écriture, français, langue, Metropolis bleu, rires
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Jeux de maux.
Chapitre 3
Des mots, des rires, des larmes.
Peut-être n’avez-vous jamais participé à un atelier d’écriture. Non, ce n’est pas une tare, loin de là! Mais permettez que j’essaie de vous convaincre de vous inscrire à ce genre d’activité dès que vous en aurez l’occasion. De quoi s’agit-il?
De réunir un groupe où chacun se laisse aller à écrire en fonction de son inspiration instantanée, de consignes données et d’un temps imparti. Ensuite, chaque participant lit ce qu’il a rédigé aux autres membres de l’atelier.
Hier, nous étions une petite vingtaine à nous livrer à cet exercice, incluant Ananda Devi, la «pro» de service si j’ose dire, à qui revenait le double honneur de donner les consignes et de lire en dernier. Je vous rappelle, au cas où vous n’auriez pas lu les articles précédents, que le groupe est constitué d’américains venant pour la plupart de New York (je n’ai pas pu leur parler à tous pour vérifier cette information), maniaques de la langue de Molière qu’ils possèdent mieux que beaucoup de français eux-mêmes… Même Ananda Devi n’en revenait pas. Nous avons échangé quelques regards ahuris qui en disaient long…
Et pourquoi ne feriez-vous pas une lecture active de ce blog? Je vais vous soumettre la première consigne. Vous aurez, comme nous l’avons eu, vingt minutes pour rédiger votre texte. Ne trichez pas ! Ce qui complexifie l’exercice tout en le magnifiant, c’est ce facteur temps qui nous oblige à coucher instantanément les mots que notre réflexion nous dicte. Trop y penser, c’est laisser filer de longues minutes qui s’avèreront infructueuses. Lancez-vous, lancez les mots sur le papier!
La première consigne fait écho à un passage du livre de Madame Devi, Les hommes qui me parlent, un récit autobiogaphique dont voici quelques mots : « Tous ces hommes qui me parlent. Fils, mari, père, amis, écrivains morts et vivants. Une litanie de mots, d’heures effacées et revécues, de bonheurs révolus, de tendresses éclopées. Je suis offerte à la parole des hommes. Parce que je suis une femme. » Partant de cela, Ananda nous a proposé de répondre à la question suivante : a-t-on le droit d’embarquer ses proches dans des projets d’écriture? Autrement dit, a-t-on le droit de révéler dans nos récits des troubles, des malaises, des secrets de famille qui mettent en scène nos proches?
À vous!
Dans le groupe, il y a eu des «oui», des «non», des «peut-être», des «ça dépend», des «c’est nécessaire», tout cela teinté de ce délicieux accent qui seul nous rappelait (à quelques fautes minimes près) que les auteurs de ces mots ne sont pas nés dans un pays de langue française. Près de moi, une jeune femme magnifique originaire de Tokyo, vivant à New York, donc au moins trilingue, nous raconte son calvaire alors qu’une de ses tantes, voulant qu’elle atteigne un état de maigreur absolu, lui enveloppait les jambes d’un film de plastique. Nous ne saurons jamais si elle sera prête un jour à dénoncer cette torture. Je me sens, nous nous sentons privilégiés qu’elle nous fasse cette confidence, même confusément comme elle le fit, troublée, mais pas moins que nous… Puisse la vie me faire à nouveau rencontrer ce personnage cet après-midi, au détour d’une conférence, d’une lecture ou d’une table ronde. Quand je dis que l’aventure littéraire est aussi et surtout une aventure humaine à Metropolis bleu… Je veux en savoir plus sur Hélène, traductrice et interprète et sur ???, japonaise installée à New York, après qu’une tante l’ait condamnée à l’anorexie en lui brimant les jambes dans du saran wrap…
Moi? Pas très inspirée par ce premier sujet, surtout qu’il nous est
demandé de le traiter sous forme d’essai, un genre qui ne me sied pas. Alors, je suis allée dans l’absurde et la réponse était dans le texte. Si vous êtes au moins 20 à me le demander, je le partagerai avec vous, promis, sinon, je le mets au rancart ou au fond d’un tiroir où dorment déjà des mots et des maux.
Deuxième consigne.
Ces qualités qui peuvent devenir des défauts, ou ces défauts qui peuvent devenir tout à fait louables. L’idée de ce sujet vient tout droit du livre d’Ananda, Le sari vert, lorsque le personnage central, mourant, revient sur ces années de violence qu’il a fait subir à ses proches. Il consacre tout un paragraphe aux gentils et à tout ce que cette qualité peut contenir de laid, d’inutile, de suspect. Je ne l’ai pas sous la main. C’est génial, au sens propre du terme, énorme, incontournable. C’est pourquoi je vais me le procurer aujourd’hui même, augmentant ainsi le plaisir que j’ai de voir s’empiler dans mon salon tous ces livres que je voudrais dévorer comme on se jette goulûment sur un bon repas, en essayant un peu de tout.
Là encore, nous avons vingt minutes pour coucher les mots. Au milieu de quelques soupirs, seuls des bruits de papiers que l’on froisse, que l’on noircit ou que l’on tourne se font entendre. L’idée m’est venue assez vite. Comme les autres, je m’épanche, relis, corrige un peu, recommence, transpire, me désespère sur une phrase, m’épate sur la suivante, bref, j’écris, je m’éclate! La période de lecture qui succède n’est pas moins vibrante que celle consacrée à l’écriture. On rit, on pleure, on s’interroge, on partage, on applaudit… Que du bonheur, comme disent les français.
Je revois cette femme qui a écrit sur la ponctualité en nous disant de son accent délicieux qu’il est complètement idiot d’être ponctuel. Que cette soi-disant qualité nous oblige à partir plus tôt et donc, à manquer des choses ! Sans compter que si tu arrives en retard au restaurant, tout le monde est là pour t’attendre et ovationner ton arrivée, mais si tu es ponctuelle, c’est toi qui t’ennuie à mourir en attendant les autres!
Et Ruth… 60, 70 ans? Ruth la psy, assise à côté de son amie, même âge, psy aussi, dans la même rue de la même ville et dont je m’amuse à dire qu’elles ont la même clientèle. Ruth, donc, qui nous parle du plus grand mensonge, de la plus magistrale des qualités qui n’est qu’un gigantesque défaut d’égoïsme, un leurre monumental : l’amour d’une mère. Ouf, je l’ai pris en pleine gueule ce texte là. Pardon, je n’ai pas d’autres mots qui me viennent à l’esprit, mais à nouveau des larmes qui me montent aux yeux. J’avais juste envie de me lever et d’aller l’embrasser…
Moi? (petit rire) Moi, j’ai écrit sur une personne de mon entourage aujourd’hui décédée, une personne vue par les autres comme un être exceptionnellement généreux. Un homme dont l’excès de générosité à l’extérieur l’a conduit à une absence de générosité à l’intérieur, pour ses proches. Quand bien même 100 personnes me demanderaient de publier ce texte, je ne le ferai certainement pas, répondant ainsi à la première question posée dans le premier exercice. Ah, les méandres du subconscient qui ont continué le travail…
Nous avons tous le potentiel d’écrire, dès l’instant que nous savons tenir un crayon entre les mains ou taper, même à deux doigts, sur un clavier d’ordinateur.
La mission première de Metropolis bleu est de nous permettre de nous fondre dans l’univers d’auteurs que nous connaissons bien ou que nous nous empresserons de découvrir après le festival. Mais n’ignorons pas qu’en chacun de nous sommeille une personne qui a des choses importantes à dire. Nous ne serons pas tous des écrivains connus, nous n’aurons pas tous ni ce talent, ni cette volonté d’entrer en littérature comme on entre en religion.
Mais on peut être croyant sans porter la croix, non?
Metropolis bleu: des mots et des notes 20/04/2012
Posted by closeille in Metropolis bleu.Tags: écriture, français, langue, Metropolis bleu, rires
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Impossible de tout voir au Metropolis bleu. Surligneur à la main, je fais des choix sur papier, puis lorsque le jour arrive, je saccage toutes mes prévisions pour me laisser aller, d’une salle à l’autre, d’une rue à l’autre, d’une émotion à l’autre.
C’est ainsi qu’hier, j’atterris à la très chouette librairie « Las Americas », sur la rue St-Laurent, qui, comme son nom l’indique, regorge de littérature en espagnol. J’aime cette langue, assez pour avoir tenté de l’apprendre il y a quelques années, mais trop paresseuse pour préserver cet apprentissage maintenant. Non contente de la massacrer quand je la parle et de la dénaturer quand je la lis, je découvre mes lacunes quand je l’entends. Enfin, presque. Qui n’a pas connu cette frustration d’écouter un film dans une langue étrangère, de tout comprendre jusqu’à ce que soudainement, lorsque l’histoire bascule, que l’héroïne se fiche en l’air et que le scénario explose, on reste en rade à cause d’une seule petite phrase dont on ignore le sens. Grrrr….
C’est exactement ce qui m’est arrivé hier, alors que Wendy Guerra, Eduardo Manet et Leonardo Padura nous parlaient de la situation des artistes à Cuba et de leur rôle au sein d’un Cuba modernisé (???). Comprendre Jean Fugères? No problema. Monsieur Manet? Est-ce parce qu’il vit en France depuis si longtemps? Ça va encore… Mais Monsieur Padura et Madame Guerra… Surtout cette dernière qui a conservé intact cet accent propre aux cubains qui fait que notamment les « s » dans les mots sont complètement escamotés.
La situation des auteurs à Cuba? Pas terrible, comme le reste. Rien d’étonnant à cela. Mais la surprise est venue d’Eduardo Manet qui y est allé d’une diatribe sur le fait qu’en France, des sites comme Amazone.com appauvrissent les écrivains de façon dramatique, sans qu’aucune société protectrice des droits d’auteur ne lève le petit doigt. Ce que je retiens de ces quelques minutes édifiantes? Le regard ahuri de Leonardo Padura…
Ensuite, non sans m’être jurée de relire ces auteurs que je laissais derrière moi, je traversais la rue St-Laurent, direction l’Hôtel Opus où Alain Labonté, Sylvie Tremblay et Geneviève Paris nous livraient un montage de lectures de lettres d’amour et de chansons extraites des coffrets Mille mots d’amour créés au profit de l’organisme Les Impatients. Ah qu’il est bon de tout comprendre, de réentendre la voix cristalline de Sylvie, de constater que Geneviève est encore en vie et en voix, de sentir la présence d’Hélène Pedneault… Dans cette petite salle qu’on appelle « jardin », où pas l’ombre d’une prémisse de verdure ne pointe entre les murs et où le mot dépouillement est le seul qu’on peut évoquer en parlant de la décoration, il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup de beaux mots, de belles personnes pour les offrir et de belles personnes pour les écouter pour parvenir au moment de grâce que nous avons vécu.
Comme quoi quelques beaux mots suffisent à balayer le laid.
Viva Cuba, vive les mots!
Metropolis bleu. Ecrire, oui mais comment? 20/04/2012
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Aujourd’hui vendredi 20 avril, jour de pluie sur Montréal. Avec un peu de chance, une pluie de mots va finir par s’abattre sur ma page blanche. Après tout, n’est-ce pas ainsi que fait Jocelyne Saucier? Pas de thématique, pas de message, le travail des mots et de l’imaginaire se fait en même temps, nous a confié hier l’auteur de La vie comme une image au cours d’un évènement judicieusement titré Le bateau phare, reprenant ainsi l’image de ces embarcations illuminées qui guidaient les navires à l’entrée des ports. Autour de Marie-Andrée Lamontagne, outre Jocelyne Saucier, Olivia Rosenthal, Ananda Devi et Patrice Lessard venaient tour à tour m’éclairer sur leur manière d’écrire un roman, moi dont le désir d’écrire n’est toujours resté qu’un désir inassouvi, mais qui conserve la certitude qu’un jour « moi aussi j’écrirai un roman ».
Il y avait du monde à cette rencontre, ce qui me fait dire que je ne suis pas la seule frustrée de la plume. Mais, peut-être aussi que j’extrapole. Peut-être que les autres n’ont aucune velléité de raconter des histoires, mais uniquement de lire celles des auteurs qu’ils rencontrent au Metropolis bleu.
Ah et puis zut, peu m’importe pourquoi ils ont franchi la porte du salon Godin. Le programme évoquait une question : « ils ont écrit un roman. Pourquoi? » Moi, ma question était : « Ils ont écrit un roman. Comment? ». Voici leurs réponses : pour Patrice Lessard (Le sermon aux poissons), la manière est plus importante que l’histoire. Olivia Rosenthal (Ils ne sont pour rien dans mes larmes), elle, ne se sent pas romancière. Elle préfère le mot récit à celui de roman et considère, contrairement à Jocelyne Lussier pour qui l’imaginaire, c’est la liberté, que l’écriture est impossible sans contrainte. Quant à Ananda Devi, qui vient de publier Les hommes qui me parlent (Gallimard), un livre dont on dit qu’il est d’une violence saisissante, un livre qui se retrouve quelque part dans la pile des ouvrages « à lire » sur la table de mon salon, celle-là même qui est à l’origine de ma procrastination littéraire, Amanda Devi, disais-je, m’a rassurée en avouant qu’elle a pensé ce bouquin pendant 15 ans et qu’elle a fini par l’écrire en 6 mois, après avoir connu le déclic salvateur qui suit généralement le « eureka » de la délivrance.
Il n’y a pas de raison que ça ne m’arrive pas… Un coup d’œil sur le programme :
« 14h15. Atelier d’écriture avec Ananda Devi : le désir d’écrire et ses conflits ». N’essayez pas de me joindre cet après-midi, je vais fermer mon cellulaire.
METROPOLIS BLEU : la nouvelle Europe 19/04/2012
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Quatre écrivains (il n’y en avait que trois, la colombienne Gabriel Vasquez ayant été retenue près de son père), débattent sur les bouleversements et la crise identitaire que traverse actuellement le vieux continent. C’est l’énoncé du programme. Et quel programme! Table ronde sur table rectangulaire, Eduardo Manet, délicieusement coquino-franco-latino encadré par deux femmes dont personnellement je veux surtout célébrer l’intelligence : Ananda Devi et Leonora Miano, respectivement Mauricienne et Camerounaise d’origine, toutes deux vivant en France.
La France, petite portion de l’Europe sur lesquels les caméras vont se braquer aux élections qui s’annoncent et qui laissent une partie de la population haletante et l’autre indifférente. Le paradoxe français. Un de plus. Comme celui qui veut que la crise identitaire y soit très présente, alors que s’il faut en croire nos panélistes, il n’en est rien ou du moins, ce n’est pas si pire. Me voici rassurée. J’ai pris personnellement une grande leçon d’optimisme et d’ouverture, moi qui ai fait preuve de jugement envers mes anciens compatriotes que je trouve de plus en plus xénophobes, si je me réfère aux propos entendus si souvent dans mon ancienne patrie. Tout changement entraîne la peur nous disent ces deux femmes. Et Eduardo Manet de surenchérir en nous parlant de Zadine, plutôt que de Zidane, l’enfant chéri du foot, autrement dit de la France entière (ou presque) et de Omar Sy, véritable coqueluche des français depuis son succès couronné d’un César pour son rôle dans le désormais film culte Intouchables.
C’est avec beaucoup de douceur que Leonora Miano, qui se prétend pourtant du pays des grandes gueules nous a dit que certes, elle préfèrerait « une France qui aurait plus d’aisance à accepter que sa mémoire ne soit pas toujours blanche », nous faisant sourire en évoquant l’image matinale, à l’heure du thé ou du café que l’on sucre, indifférents à l’utilisation commune et quotidienne de produits tous issus de métissage.
Que retenir de cette petite heure? Quelques mots dont ceux-ci que l’on doit encore à Madame Miano : « La crise d’identité n’est pas française ou européenne, elle est mondiale », « un homme cupide est un homme cupide, qu’il soit noir ou blanc » et je garde la meilleure pour la fin : « regarder l’autre, c’est regarder un bout de soi-même ».
Leonora Miano donnait un atelier d’écriture cet après-midi au festival. Je l’ai manqué, comme je vais manquer beaucoup trop d’autres évènements. C’est là le beau problème de Metropolis bleu : on ne peut pas être partout en même temps, mais on le voudrait bien!
Metropolis bleu: premiers frissons 19/04/2012
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METROPOLIS BLEU :
Premiers frissons
Je n’ai jamais été victime d’intimidation. Bien sûr, il y a bien eu quelques injures de mômes qui fusaient parfois dans la cour de «récré» au sujet de ma taille imposante, mais rien qui puisse se comparer à l’enfer que vivent certains gamins, victimes de plus grands, de plus forts, de plus cons ou de plus désespérés. Je n’ai pas non plus lu le livre de Katia Gagnon, La réparation, qui traite de ce fléau. Et pourtant, je me retrouve dans cette petite salle froide où seules quelques personnes se sont déplacées pour entendre Madame Gagnon, dont la force du témoignage réside dans le fait que derrière l’auteur, la journaliste n’est jamais très loin. Elle a beaucoup rédigé d’articles sur le sujet, elle a pour cela rencontré des harcelés, des harceleurs, des parents, des psys, des professeurs, des directeurs d’école, bref, elle a réalisé le travail de fourmi qui précède l’écriture. Merci Madame Gagnon, vous avez éclairé ma lanterne sur le sujet et il est vrai que je vais me procurer votre bouquin.
Mais pardon de ne pas m’étendre plus sur ce sujet, ni sur vos propos. Car voyez-vous, ce que je retiens de cette rencontre, c’est le moment qui l’a précédé. Ce grand garçon surnommé « le grand slak », David Leduc de son vrai nom, slameur de son état, beau grand bonhomme un peu gauche qui demande un micro « parce que sans, il n’a pas l’habitude », et qui finalement décide de s’en passer et se lance. La voix est chaude, le verbe est juste, les mots frappent fort et atteignent la cible : en plein cœur en ce qui me concerne. David n’a jamais connu l’intimidation, mais son frère, oui. Il est humilié quotidiennement par d’autres plus sales, plus laids, plus ignobles. David aurait pu choisir de brandir les poings. Il a choisi la plume. Il a écrit au « je ». Il a raconté la douleur, la peur, le dégoût, mais aussi la certitude que l’adulte à naître dans ce corps d’enfant maltraité est un type épatant, plein de ressources et bourré de talents.
Quand il a eu terminé, David est venu s’asseoir derrière moi. À la fin de la séance, je me suis tournée, mais il était parti… Bon, il me reste Google et il reste qu’une fois encore, les mots m’en ont mis plein la gueule. C’est ça Metropolis Bleu.